Christian Gremaud, comédien et sourd de naissance, en un mot, un geste et un silence - Bobo News | Bobo News
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Christian Gremaud, comédien et sourd de naissance, en un mot, un geste et un silence
Avec « Mon frère », présenté au Festival d’Avignon, Christian Gremaud monte pour la première fois sur scène pour raconter son parcours de personne sourde en langue des signes. Une œuvre qui interroge la représentation, les droits linguistiques et la place des artistes handicapés dans le paysage culturel.
Publie le 11 juillet 2026 a 06:05 · International · 9 min
Par la rédaction de Bobo News
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Christian Gremaud, comédien et sourd de naissance, en un mot, un geste et un silence — Getty Images
L'essentiel
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Decision
décision artistique constitue en soi un acte de souveraineté linguistique : elle refuse de soumettre l’expre
Lieu
Festival d’Avignon
Dans un paysage théâtral où la parole reste traditionnellement au centre de la construction dramatique, Christian Gremaud propose une approche radicalement différente. Né en 1977 en Suisse, ce comédien sourd de naissance fait ses débuts sur les planches avec la pièce « Mon frère », présentée au Festival d’Avignon. À travers un dispositif scénique fondé sur la langue des signes, le geste et le silence, il y brosse le portrait d’une vie marquée par les obstacles liés à la surdité. L’œuvre, coécrite avec son frère François Gremaud, metteur en scène, s’inscrit dans une démarche à la fois intime et politique. Elle vise à rendre visible une expérience souvent reléguée aux marges des représentations culturelles dominantes, tout en interrogeant les mécanismes d’inclusion et de reconnaissance dans le secteur artistique.
La création de « Mon frère » marque un tournant dans le parcours de Christian Gremaud, qui découvre pour la première fois l’expérience de la scène professionnelle. Le spectacle repose sur un récit autobiographique, transmis intégralement en langue des signes, sans traduction orale ni sous-titrage systématique. Cette décision artistique constitue en soi un acte de souveraineté linguistique : elle refuse de soumettre l’expression sourde à une médiation audible, imposant au public un rapport direct au langage gestuel et à la communication non verbale. Les informations disponibles indiquent que la pièce explore les difficultés rencontrées tout au long de son existence, sans les estomper ni les dramatiser artificiellement. Le dispositif scénique privilégie la précision des mouvements, les silences chargés et la présence physique, transformant la scène en un espace de transmission culturelle plutôt qu’en un simple lieu de divertissement.
Le processus de création repose sur une collaboration étroite entre Christian Gremaud et son frère François, qui signe également la mise en scène. Cette coécriture traduit une volonté de partager le contrôle narratif et scénique, évitant ainsi les écueils courants de la représentation des personnes handicapées, où l’expérience vécue est souvent racontée par des tiers. Le spectacle s’appuie sur une réflexion collective, mêlant mémoire personnelle, choix esthétiques et enjeux de visibilité. La structure narrative, bien que centrée sur le parcours individuel, dépasse le cadre strictement autobiographique pour toucher à des questions plus larges : comment habiter un monde conçu pour les entendants ? Comment faire exister une langue qui ne repose ni sur l’écrit ni sur l’oral ? Ces interrogations fondent l’originalité du projet, qui s’inscrit dans une tradition de théâtre engagé tout en renouvelant les codes du genre.
BN
Rédaction
Bobo News
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Pour comprendre la portée de cette création, il est nécessaire de replacer l’œuvre dans son contexte historique et culturel. La langue des signes, longtemps considérée comme un simple outil de communication pratique, a progressivement émergé comme le fondement d’une véritable culture sourde, dotée de ses propres normes, de son histoire et de ses expressions artistiques. Pendant des décennies, les approches éducatives et médicales ont privilégié l’oralisation et la correction auditive, marginalisant les pratiques gestuelles et contribuant à l’exclusion sociale de nombreuses personnes sourdes. Ce n’est que récemment que plusieurs pays, dont la Suisse et la France, ont entamé un processus de reconnaissance officielle de leurs langues des signes, reconnaissant leur statut linguistique à part entière. Cette évolution institutionnelle s’accompagne d’un débat plus large sur l’accessibilité culturelle, la représentation médiatique et la place des artistes handicapés dans les programmations publiques.
Le parcours de Christian Gremaud reflète ces transformations. Originaire de Suisse, il a suivi des études à la Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg, un parcours académique qui témoigne de l’importance accordée à la formation intellectuelle et à la maîtrise des outils d’expression. Installé aujourd’hui à Berne, il s’engage depuis de nombreuses années en faveur des droits des personnes sourdes, participant à un mouvement plus vaste qui réclame l’égalité d’accès à l’éducation, à l’emploi et à la vie culturelle. Son entrée dans le monde du théâtre s’inscrit donc dans une continuité militante, où l’art devient un vecteur de visibilité et de revendication. La Suisse, bien que pays multilingue et culturellement dynamique, reste confrontée à des défis en matière d’inclusion dans les arts de la scène, notamment concernant la programmation d’œuvres en langue des signes et la formation de professionnels capables de travailler avec des artistes sourds.
Au-delà du contexte national, la présentation de « Mon frère » au Festival d’Avignon revêt une dimension symbolique forte. Cette manifestation, reconnue internationalement pour son ouverture aux expérimentations et à la diversité des voix, offre une tribune privilégiée pour des créations qui questionnent les normes établies. La présence d’une pièce entièrement en langue des signes sur la scène avignonnaise traduit une évolution des programmations, qui intègrent progressivement des formes de théâtre non conventionnelles et des perspectives issues de minorités linguistiques ou culturelles. Les observateurs du secteur soulignent que cette visibilité contribue à normaliser l’usage de la langue des signes dans les espaces artistiques prestigieux, tout en rappelant que l’accès à ces lieux reste souvent conditionné par des barrières structurelles, financières et logistiques. La réaction des institutions culturelles, des festivals et des centres de production sera déterminante pour mesurer si cette présence ponctuelle s’accompagne d’une réelle volonté d’inclusion durable.
Les acteurs impliqués dans le projet incarnent une dynamique de collaboration interculturelle et intergénérationnelle. Christian Gremaud, en tant que comédien et coauteur, porte une expérience vécue qu’il transforme en matériau scénique, tandis que François Gremaud, en tant que metteur en scène, assure la traduction dramaturgique et technique du propos. Cette répartition des rôles permet d’éviter les écueils du tokenisme, où la présence d’une personne handicapée serait réduite à un effet de contraste ou à une démonstration de bonne volonté. Les échanges entre les deux frères, ainsi que les retours des équipes techniques et des interprètes en langue des signes, témoignent d’une démarche réflexive sur les conditions de création inclusive. Les réactions mentionnées dans les médias spécialisés soulignent l’importance de cette approche, qui place l’expérience sourde au cœur du processus créatif plutôt qu’en simple objet d’étude. La couverture de l’œuvre par des plateformes comme RFI indique également un intérêt croissant pour les récits issus de communautés minoritaires, reflétant une demande sociétale pour des représentations plus authentiques et moins médiatisées.
Les enjeux soulevés par « Mon frère » dépassent le cadre strictement artistique pour toucher à des questions de société fondamentales. La reconnaissance de la langue des signes comme outil culturel et non comme simple adaptation thérapeutique constitue un pas vers une meilleure intégration des personnes sourdes dans l’espace public. Sur le plan institutionnel, la création interroge les modèles de financement culturel, qui doivent évoluer pour soutenir des projets nécessitant des dispositifs d’accessibilité spécifiques, comme l’interprétation en langue des signes, la sous-titrage ou la formation d’équipes techniques sensibilisées. Sur le plan social, l’œuvre contribue à déconstruire les préjugés liés à la surdité, en montrant que l’absence d’audition ne signifie pas l’absence de parole, mais plutôt l’existence d’une modalité d’expression différente. Les conséquences potentielles incluent une influence sur les politiques culturelles locales et nationales, une stimulation de la formation artistique inclusive, et une meilleure visibilité des artistes sourds dans les programmations régulières. À long terme, ce type de projet peut contribuer à normaliser la diversité linguistique et corporelle dans les arts de la scène, en faisant de l’accessibilité une norme plutôt qu’une exception.
Malgré la richesse du projet, plusieurs aspects restent à confirmer. Les retours précis du public, notamment ceux des personnes sourdes et entendantes, ne sont pas encore entièrement documentés. Les modalités de diffusion ultérieures, comme les tournées nationales ou les adaptations pour la télévision et le cinéma, doivent encore être précisées. De même, les implications concrètes sur les politiques d’accessibilité des institutions culturelles suisses et françaises restent à évaluer, car la visibilité médiatique ne se traduit pas automatiquement par des changements structurels. Les données sur la fréquentation, les partenariats institutionnels et les éventuels soutiens financiers publics ou privés ne sont pas disponibles à ce stade. Il convient donc de considérer ces éléments comme des pistes de réflexion nécessitant une vérification ultérieure, plutôt que comme des acquis établis.
Ce qu’il convient de surveiller dans les mois à venir concerne principalement la réception critique et institutionnelle de la pièce, ainsi que les initiatives qui s’inspireront de son modèle. Les programmations futures des festivals, des théâtres nationaux et des centres de production artistique révéleront si « Mon frère » marque un tournant durable ou s’il reste une exception ponctuelle. Les débats sur la formation des metteurs en scène, des comédiens et des techniciens à la création inclusive méritent également une attention particulière, car ils détermineront la capacité du secteur à reproduire et à généraliser ce type de démarche. Enfin, les évolutions législatives et budgétaires en matière d’accessibilité culturelle, tant en Suisse qu’en France, seront des indicateurs clés de la traduction concrète des principes défendus par l’œuvre.
En définitive, « Mon frère » s’impose comme une œuvre à la fois personnelle et collective, qui utilise le geste et le silence pour porter un message de reconnaissance et de résistance. Christian Gremaud, par son parcours et sa création, illustre la capacité des artistes sourds à transformer leur expérience en un langage scénique autonome, capable d’interroger les normes établies et d’ouvrir de nouvelles perspectives culturelles. Dans un contexte où la diversité linguistique et corporelle est de plus en plus revendiquée, cette pièce constitue un jalon important pour l’inclusion dans les arts de la scène. Son succès ne se mesurera pas seulement à l’aune des applaudissements, mais à celui des transformations qu’elle inspirera dans les pratiques culturelles, les politiques d’accès et la représentation des communautés marginalisées. Le silence, loin d’être un vide, y devient un espace de parole, de mémoire et de revendication, rappelant que l’art peut être un vecteur de changement social lorsqu’il refuse de se conformer aux attentes traditionnelles.