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Mozambique : le rapport d'ACLED révèle les nouvelles stratégies de l'EI au Cabo Delgado
Le dernier rapport d'ACLED décrit comment l'État islamique adapte ses méthodes dans le nord du Mozambique, privilégiant une approche moins violente pour gagner la confiance des populations locales.
Publie le 21 juillet 2026 a 02:07 · International · 6 min
Par la rédaction de Bobo News
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Mozambique : le rapport d'ACLED révèle les nouvelles stratégies de l'EI au Cabo Delgado — Openverse
L'essentiel
A retenir tout de suite
Decision
adoptées par les insurgés pour consolider leur présence sur un territoire qui s'étend sur plus de 100 kilo
Lieu
Cabo Delgado
Introduction
Le groupe affilié à l'État islamique (EI) qui opère dans la province du Cabo Delgado, au nord du Mozambique, fait l'objet d'une attention renouvelée depuis la publication du rapport d'ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project). Ce document, publié le 13 juin 2024, analyse les « nouvelles stratégies » adoptées par les insurgés pour consolider leur présence sur un territoire qui s'étend sur plus de 100 kilomètres le long de la côte et 50 kilomètres à l'intérieur des terres. L'objectif du rapport est d'éclairer la manière dont l'EI cherche à transformer son image, en adoptant des tactiques moins violentes afin de gagner la légitimité sociale auprès des populations locales.
Faits principaux
Le rapport d'ACLED met en avant plusieurs éléments clés. Premièrement, les insurgés ont progressivement élargi leur zone d'influence, couvrant une bande côtière de plus de 100 km et s'étendant jusqu'à 50 km à l'intérieur des terres. Cette expansion géographique s'accompagne d'une modification de leurs méthodes opérationnelles. Au lieu de recourir systématiquement à la terreur brutale, le groupe semble désormais privilégier des actions visant à gagner la confiance des habitants, comme la distribution d'aide ou la mise en place de structures de gouvernance locale.
Deuxièmement, l'analyse souligne que l'EI cherche à instaurer une forme de légitimité sociale. Cette stratégie consiste à s'implanter durablement dans les communautés en répondant à leurs besoins immédiats, tout en diffusant son idéologie de manière plus subtile. Le rapport indique que cette approche « moins violente » ne signifie pas l'absence de violence, mais plutôt une utilisation plus ciblée et stratégique de la force, afin d'éviter d'aliéner la population locale.
Enfin, le document d'ACLED identifie une série de tactiques de communication et de propagande, notamment l'utilisation des réseaux sociaux et des médias locaux pour diffuser des messages qui cherchent à présenter les insurgés comme des protecteurs face à l'absence de l'État.
Contexte et antécédents
Le conflit au Cabo Delgado a éclaté en 2017, lorsqu'une série d'attaques violentes menées par des groupes affiliés à l'EI ont semé la terreur dans la région, riche en ressources naturelles, notamment le gaz naturel. Depuis lors, le gouvernement mozambicain, soutenu par des forces étrangères, a mené plusieurs offensives pour repousser les insurgés. Malgré ces efforts, la situation sécuritaire reste précaire, avec des déplacements massifs de populations et une crise humanitaire persistante.
BN
Rédaction
Bobo News
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Dans les premières phases du conflit, les tactiques des insurgés étaient caractérisées par des attaques spectaculaires, des exécutions publiques et la prise d'otages, visant à instaurer un climat de peur. Cependant, les revers militaires et la pression internationale ont conduit le groupe à réévaluer sa stratégie. Le rapport d'ACLED s'inscrit dans ce contexte de mutation, où les groupes armés cherchent à s'adapter pour survivre et renforcer leur emprise.
Par ailleurs, le Mozambique a connu une instabilité politique et économique qui a fragilisé la capacité de l'État à fournir des services de base dans le nord du pays. Cette faiblesse structurelle a créé un terreau propice à l'influence des groupes armés, qui peuvent se présenter comme des alternatives crédibles aux autorités locales.
Acteurs et réactions
Les principaux acteurs du conflit comprennent le groupe EI affilié, le gouvernement mozambicain, les forces de défense du Mozambique (FADM), ainsi que des forces étrangères, notamment des troupes sud-africaines et des conseillers militaires russes. Le rapport d'ACLED met en évidence la capacité de l'EI à exploiter les lacunes de l'État, en se positionnant comme un acteur capable de répondre aux besoins immédiats des populations.
Du côté du gouvernement, les autorités ont dénoncé les nouvelles tactiques de l'EI, les qualifiant de « guerre de l'information » visant à manipuler les populations locales. Le président du Mozambique, Filipe Nyusi, a réaffirmé son engagement à restaurer la souveraineté sur le Cabo Delgado, tout en appelant à un renforcement de l'aide internationale.
Les organisations humanitaires et les agences de l'ONU ont exprimé leur préoccupation face à la stratégie de « légitimité sociale » de l'EI, soulignant le risque d'accroître la vulnérabilité des civils et de compliquer les efforts de protection. Elles ont appelé à une meilleure coordination entre les acteurs humanitaires et les forces de sécurité pour éviter que l'aide ne soit détournée par les insurgés.
Enjeux et conséquences
Le principal enjeu de cette évolution stratégique réside dans la capacité de l'EI à s'ancrer durablement dans le tissu social du Cabo Delgado. En gagnant la confiance des habitants, le groupe peut renforcer son recrutement, sécuriser des zones d'opération et créer des structures de gouvernance parallèles, ce qui compliquerait davantage les opérations militaires du gouvernement.
Sur le plan humanitaire, la stratégie de légitimité sociale peut entraîner une dépendance accrue des populations locales à l'égard des services fournis par les insurgés, augmentant ainsi le risque de violations des droits humains et de détournement d'aide. Cette dynamique pourrait également exacerber les déplacements internes, en rendant les populations plus réticentes à quitter les zones contrôlées par l'EI.
Politiquement, la capacité de l'EI à se présenter comme un acteur légitime pourrait affaiblir la légitimité du gouvernement mozambicain dans la région, sapant la confiance des communautés locales envers les institutions étatiques. Cela pourrait à son tour alimenter un cycle de marginalisation et de radicalisation.
Ce qui reste incertain
Le rapport d'ACLED ne fournit pas de données précises sur l'ampleur exacte du soutien populaire dont bénéficie l'EI, ni sur la capacité du groupe à maintenir durablement cette stratégie de légitimité sociale face à une éventuelle intensification des opérations militaires.
Suite à surveiller
Les prochains mois seront déterminants pour observer si le gouvernement mozambicain, soutenu par ses partenaires internationaux, parviendra à contrer efficacement la stratégie d'« influence sociale » de l'EI, notamment à travers des programmes de gouvernance locale, de développement et de sécurisation des zones civiles.
Conclusion
Le rapport d'ACLED met en lumière une évolution notable des tactiques de l'État islamique au Cabo Delgado, où la recherche de légitimité sociale se substitue progressivement à la violence pure. Cette transformation pose de nouveaux défis pour les autorités mozambicaines et la communauté internationale, qui devront adapter leurs réponses sécuritaires et humanitaires afin de prévenir une consolidation durable de l'influence du groupe terroriste dans la région.
Cet article se fonde exclusivement sur le rapport d'ACLED publié le 13 juin 2024 et les informations disponibles via RFI.