En Israël, des manifestations réclament une alliance entre l'opposition et les partis arabes
Samedi 31 octobre, le collectif Standing Together a mobilisé dans plusieurs villes israéliennes pour exiger que les formations arabes participent pleinement au futur gouvernement. L'objectif affiché : empêcher le retour de Benyamin Netanyahu à la tête du Likoud.
Publie le 1 novembre 2026 a 02:36 · International · 5 min
Par la rédaction de Bobo News
Des milliers de manifestants se sont rassemblés samedi 31 octobre sur plusieurs places d'Israël, pour porter une exigence inédite dans l'histoire politique récente du pays : l'intégration sans réserve des partis arabes aux négociations de coalition en cours. Selon RFI, le mouvement est porté par Standing Together, une organisation juive-arabe qui milite pour l'égalité et la paix, laquelle entend transformer la colère citoyenne en levier politique face aux tractations qui suivent les législatives.
Un collectif juif-arabe pour bousculer les lignes
Standing Together n'en est pas à son premier coup d'éclat. Depuis sa création, le collectif organise des actions communes entre citoyens juifs et palestiniens d'Israël, refusant la séparation que la classe politique entretient souvent. Samedi, ses militants brandissaient des pancartes en hébreu et en arabe réclamant « un gouvernement pour tous les citoyens » et « la fin de l'exclusion des partis arabes ».
La nouveauté réside dans le ciblage explicite des tractations post-électorales : le mouvement ne se contente plus de manifester pour des principes, il veut peser sur la composition même de l'exécutif. Les organisateurs estiment que sans les voix des formations arabes — qui représentent un poids parlementaire significatif — aucun bloc d'opposition ne peut espérer barrer la route au Likoud de Benyamin Netanyahu.
L'héritage complexe de la participation arabe au pouvoir
La participation des partis arabes au pouvoir reste un tabou brisé seulement récemment. Une formation islamo-conservatrice a fait par le passé le choix historique d'entrer dans une coalition gouvernementale, obtenant en échange des avancées pour les municipalités arabes et la reconnaissance de localités bédouins au Néguev.
Cette expérience s'est heurtée à des critiques virulentes, tant à droite — qui l'accusait de légitimer un pouvoir « sioniste » — qu'au sein de la société arabe, où une partie de l'électorat y a vu une trahison de la cause palestinienne. D'autres formations, plus à gauche et nationalistes, ont refusé toute participation, arguant qu'aucun gouvernement israélien ne remettrait en cause l'occupation. Aujourd'hui, Standing Together tente de transcender ce clivage en exigeant que l'ensemble du spectre arabe soit « à la table du futur pouvoir, de plein droit ».
L'opposition face à son dilemme mathématique
Pour les partis d'opposition, l'équation est brutale. Sans les députés arabes, le bloc anti-Likoud peine à atteindre la majorité nécessaire à la Knesset. Mais s'allier ouvertement avec des formations qui contestent le caractère juif de l'État ou réclament un État pour tous ses citoyens expose à des attaques féroces de la droite, qui brandit l'argument de la « trahison sioniste ».
Lors des précédentes législatures, le chef de file de l'opposition avait refusé de s'appuyer sur les partis arabes, préférant tenter une formule minoritaire — qui n'avait pas survécu. Les manifestants de samedi entendent briser cette frilosité : ils estiment que l'alternative, c'est le retour du Premier ministre avec ses partenaires d'extrême droite, dont les politiques controversées en Cisjordanie menacent, selon eux, la démocratie israélienne elle-même.
Une mobilisation qui dépasse les clivages habituels
La foule rassemblée présente une diversité bigarrée : jeunes laïcs, familles arabes, militants de la paix, syndicalistes. Cette diversité est la marque de fabrique de Standing Together, qui refuse de cantonner la lutte à un camp idéologique. Un porte-parole du collectif a martelé au micro de la radio publique : « Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes pour l'égalité ».
Le mouvement mise sur l'usure d'un électorat fatigué par une instabilité électorale chronique, la montée du coût de la vie et l'inquiétude face aux réformes institutionnelles portées par la coalition sortante. En liant la question arabe à la défense des institutions démocratiques, les organisateurs tentent de créer un nouveau récit : l'exclusion des citoyens palestiniens d'Israël ne serait pas seulement une injustice, mais le point de rupture qui permet à l'extrême droite de gouverner.
Le silence du Likoud et la stratégie du Premier ministre
Du côté du Likoud, aucune réaction officielle n'a filtré dans l'immédiat après les manifestations. La stratégie du Premier ministre reste inchangée depuis des années : présenter toute alliance avec les partis arabes comme une menace existentielle pour l'État juif, tout en courtisant ponctuellement certains élus arabes sur des dossiers municipaux.
Lors de la campagne électorale qui a précédé le scrutin, le chef du gouvernement a multiplié les déplacements dans les localités arabes, promettant budgets et sécurité, mais sans jamais envisager de partager le pouvoir. Les observateurs notent que cette rhétorique a permis au Likoud de grignoter quelques voix dans le secteur arabe, fragmentant davantage un électorat déjà divisé. Pour Standing Together, briser ce tabou est donc aussi une manière de priver le Premier ministre de son épouvantail favori.
Prochaines échéances : la formation du gouvernement
Les tractations de coalition doivent s'engager dans les jours qui viennent, sous l'égide du président de l'État, chargé de désigner le candidat chargé de former le gouvernement. Un délai légal est imparti, prolongeable en cas de besoin. Si aucun accord n'aboutit, le pays pourrait être conduit vers de nouvelles élections, une perspective que personne n'exclut après l'instabilité chronique des dernières années.
Les manifestants de samedi ont promis de maintenir la pression : des rassemblements sont annoncés devant la résidence du président et au siège de la Knesset. Standing Together a également lancé une pétition en ligne qui a déjà recueilli un large soutien, exigeant que les chefs de l'opposition s'engagent par écrit à inclure les partis arabes dans tout accord de coalition.
La balle est désormais dans le camp des chefs de l'opposition. Ils devront décider, dans les prochaines semaines, s'ils acceptent de briser un tabou qui structure la vie politique israélienne depuis des décennies. Leur choix déterminera non seulement l'identité du prochain Premier ministre, mais la place des citoyens palestiniens d'Israël dans la démocratie pour les années à venir.



